Élection présidentielle française de 1969

Élection présidentielle française de 1969

(1er tour)

(2d tour)
Corps électoral et résultats
Inscrits29 513 361
Votants au 1er tour22 899 034
77,59 %  −7,2
Votants au 2d tour20 311 287
68,85 %  −15,5
Georges Pompidou (cropped 3).jpgGeorges Pompidou – UDR
Voix au 1er tour10 051 816
44,47 %
Voix au 2e tour11 064 371
58,21 %
23.04.1969. A Poher. G. Monnerville. L. Eeckhoutte. (1969) - 53Fi3443 (cropped).jpgAlain Poher – CD
Voix au 1er tour5 268 651
23,31 %
Voix au 2e tour7 943 118
41,79 %
Jacques Duclos en 1959.JPGJacques Duclos – PCF
Voix au 1er tour4 808 285
21,27 %
Gaston Defferre 1964.jpgGaston Defferre – SFIO
Voix au 1er tour1 133 222
5,01 %
Résultats du second tour en France métropolitaine
Carte
Président
SortantÉlu
Alain Poher (interim)Georges Pompidou

L'élection présidentielle française de 1969 fut la troisième élection présidentielle qui s'est tenue lors de la Cinquième République française et la deuxième au suffrage universel direct.

Le premier tour s'est déroulé le et le second le du même mois[1]. Elle vit la victoire de Georges Pompidou dans des circonstances assez particulières, aucun candidat de gauche n'accédant au second tour.

Contexte

Le , un communiqué laconique tombe de Colombey : « Je cesse d'exercer mes fonctions de président de la République. Cette décision prend effet aujourd'hui à midi. » Charles de Gaulle, premier président de la République de la Ve République, désavoué la veille par 52,41 % des électeurs français à l’occasion du référendum portant sur le transfert de certains pouvoirs aux régions et la transformation du Sénat, quitte ses fonctions comme il l'avait promis en cas de victoire du « non ». Avec le départ du général, une page se tourne : la Cinquième République, désormais, n'est plus dirigée par son inspirateur et c'est à l'électorat de choisir son successeur.

Conformément à la Constitution française, c’est Alain Poher, alors président du Sénat, qui succède à Charles de Gaulle en tant que président de la République par intérim. Une élection présidentielle anticipée doit avoir lieu le 1er juin 1969. À la suite du raz de marée gaulliste de l'élection anticipée qui avait suivi Mai 68, le courant politique majoritaire de la France est la droite : l’Union pour la défense de la République (UDR), formation gaulliste, soutenue par la Fédération nationale des républicains indépendants, constituée de libéraux menés par Valéry Giscard d'Estaing, détient la majorité absolue au Parlement (60 % des sièges de l’Assemblée nationale après sa dissolution par de Gaulle en réponse à la crise de mai 68, à l’issue de laquelle les partis de gauche, tenus pour partiellement responsables des événements, avaient essuyé leur plus sévère défaite depuis le scrutin de 1958).

La majorité en place ne tarde guère à trouver son candidat : Georges Pompidou, ancien Premier ministre de De Gaulle a su, depuis son éviction au profit de Maurice Couve de Murville, se faire soutenir par l’ensemble de la majorité parlementaire (avec, notamment, le soutien indéfectible de Giscard d’Estaing). Quant aux gaullistes de gauche, l'échec du référendum dont ils étaient les promoteurs et le départ du général, leur principal soutien, les a mis à terre et la plupart se rallient à la majorité le temps de l'élection : René Capitant renonce ainsi à se présenter et se retire de la vie politique. L'ensemble des gaullistes finissent par se réunir autour de la candidature de Pompidou.

En l’absence de la droite nationaliste[2], Pompidou est alors concurrencé dans les sondages par Poher, qui, soutenu par la formation de centre droit Progrès et démocratie moderne, ne semble pas décidé à lui abandonner l’Élysée. La gauche, qui avait pourtant réussi à se rassembler derrière la candidature de François Mitterrand en 1965, est quant à elle victime des divisions en son sein, les socialistes de la SFIO refusant de collaborer avec le Parti communiste français.

Campagne

Alain Poher ne parvient pas à imposer une crédibilité que l'ancien Premier ministre Pompidou possède. Ce dernier sait se montrer habilement à la fois différent et fidèle au Général de Gaulle. Il s'affiche entre Giscard d'Estaing, libéral, moderne et les gaullistes historiques, promettant une certaine libéralisation économique, dans le maintien de l'ordre national. La campagne de Gaston Deferre, qui s'affiche dans un duo avec Pierre Mendès France qui serait son Premier ministre, tourne vite à l'échec : technique, rappelant la Quatrième République, Pierre Mendès France pourtant populaire un an auparavant, contraste avec Gaston Deferre dont la candidature manque de crédibilité et de charisme. Cet échec contraste avec la faconde et l'accent du candidat communiste, Jacques Duclos, et avec l'agitation brillante de l'innovant PSU, Michel Rocard. Les autres candidats sont le trotskiste Alain Krivine, étudiant d'extrême gauche sous les drapeaux et l'entrepreneur indépendant Louis Ducatel.

La gauche est rapidement hors jeu et la campagne de Gaston Deferre se termine en désastre électoral pour la SFIO, largement distancée par le PCF et presque rattrapée par le PSU. Seul Poher peut désormais vaincre Pompidou. Si Deferre vote pour lui, au soir du premier tour, Duclos indique à ses électeurs que les deux candidats en lice, dont aucun n'est de gauche, sont « bonnet blanc et blanc bonnet » et doivent donc être renvoyés dos à dos par un vote blanc ou une abstention. Dès lors, Poher ne peut plus gagner.

Sondages

Premier tour

Intentions de vote en vue du premier tour de l’élection présidentielle de 1969[3]
SondeurDateAlain
Krivine
Jacques
Duclos
Michel
Rocard
Gaston
Defferre
Louis
Ducatel
Alain
Poher
Georges
Pompidou
Sofres5-6 mai 196910 %2 %11 %35 %42 %
Sofres13-14 mai 196912 %1 %8 %37 %41 %
Sofres16-17 mai 196912 %1 %6 %39 %42 %
Sofres22 mai 19691 %15 %3 %9 %1 %32 %39 %
Sofres26-27 mai 19691 %17 %3 %7 %1 %31 %40 %

Second tour

Intentions de vote en vue du second tour de l’élection présidentielle de 1969[3]
SondeurDateAlain
Poher
Georges
Pompidou
Sofres4 juin 196942 %58 %
Sofres11 juin 196943 %57 %


Pronostics de victoire au second tour de l’élection présidentielle de 1969[3]
SondeurDateAlain
Poher
Georges
Pompidou
Sofres5-6 mai 196919 %74 %
Sofres16-17 mai 196937 %37 %
Sofres22 mai 196942 %33 %
Sofres26-27 mai 196942 %32 %
Sofres4 juin 19694 %81 %

Résultats

Premier tour
le
Second tour
le
Nombre% des
inscrits
% des
votants
Nombre% des
inscrits
% des
votants
Inscrits29 513 36129 500 334
Votants22 898 96077,59 %20 311 28768,85 %
   suffrages exprimés22 603 99898,71 %19 007 48993,58 %
   bulletins blancs ou nuls295 0361,29 %1 303 7986,42 %
Abstentions6 614 40122,41 %9 189 04731,15 %
Candidat
Parti politique
Voix% des
exprimés
Voix% des
exprimés
 Georges Pompidou
Union pour la défense de la République, soutenu par les Républicains indépendants
10 051 81644,47 %11 064 37158,21 %
 Alain Poher
Centre démocrate
5 268 65123,31 %7 943 11841,79 %
 Jacques Duclos
Parti communiste
4 808 28521,27 %
 Gaston Defferre
Section française de l'Internationale ouvrière
1 133 2225,01 %
 Michel Rocard
Parti socialiste unifié
816 4713,61 %
 Louis Ducatel
Sans étiquette, dit « radical-socialiste indépendant »
286 4471,27 %
 Alain Krivine
Ligue communiste
239 1061,06 %
Sources : Site officiel du Conseil constitutionnel : premier tour, second tour

Analyse des résultats

Les résultats du premier tour donnent raison aux sondages : Pompidou et Poher doivent être départagés par les électeurs au second tour, où la gauche n'est pas présente. Avec 44 % des suffrages exprimés, le candidat gaulliste obtient près du double du score du candidat centriste (23 %) talonné par Jacques Duclos qui, avec ses 21 %, conforte le PCF dans sa position de principale force politique de la gauche française. Georges Pompidou arrive en tête dans tous les départements sauf en Seine-Saint-Denis, où Jacques Duclos arrive en tête. Tout se joue pour le candidat arrivé second, Alain Poher sur un soutien massif des autres candidats. Les socialistes, avec la candidature officielle de Gaston Defferre (soutenu par la SFIO et par Pierre Mendès France avec qui il formait un « ticket »), sont talonnés par celle, plus novatrice de Michel Rocard (soutenu par le Parti socialiste unifié). Même en additionnant ces deux scores, c'est un résultat catastrophique.

Sans surprise, c’est Pompidou qui l’emporte au terme du second tour avec plus de 58 % des suffrages exprimés, mais l’abstention, encouragée par Duclos, qui refuse jusqu’au bout d’appeler ses électeurs à choisir entre « bonnet blanc et blanc bonnet », atteint un taux record de 30 % des inscrits. À noter également l'enregistrement de plus d'un million de votes blancs et nuls à l'occasion de ce second tour.

Analyse sociologique

Premier tour

Sociologie de l'électorat au premier tour (enquête Sofres, en %)[3],[4]
CatégorieKrivineDuclosRocardDefferreDucatelPoherPompidou
Ensemble1214512344
Sexe
Hommes1263712240
Femmes0154612648
Âge
21−34 ans1207712440
35−49 ans0214712443
50 ans et plus0232612345
Milieu socio-professionnel
Agriculteurs0100603549
Petits commerçants, artisans0140643343
Cadres supérieurs, professions libérales386601958
Cadres moyens, employés1158812740
Ouvriers1336711933
Inactifs, retraités0232711948

Second tour

Sociologie de l'électorat au second tour (enquête Sofres, en %)[3]
CatégoriePoherPompidou
Ensemble4258
Sexe
Hommes4654
Femmes3763
Âge
21−34 ans4654
35−49 ans4258
50 ans et plus4060
Milieu socio-professionnel
Agriculteurs4555
Petits commerçants, artisans3565
Cadres supérieurs, professions libérales2674
Cadres moyens, employés4456
Ouvriers4654
Inactifs, retraités4159

Notes et références

  1. [PDF] Décret Décret no 69-405 du 2 mai 1969 portant convocation des électeurs pour l'élection du Président de la République, publié au JORF du , p. 4420.
  2. Pierre Sidos, fondateur et président de l'Œuvre française (mouvement nationaliste et identitaire) souhaitait y être présent mais sa candidature fut rejetée par le Conseil constitutionnel aux motifs que « le nombre des présentations valablement émises en faveur de ce dernier est inférieur au minimum exigé par les dispositions de l'article 3-1 de l'ordonnance ordonnance no 62-1292 du 6 novembre 1962 ».
  3. a b c d et e Alain Lancelot et Pierre Weill, « L'évolution politique des électeurs français, de février à juin 1969 », Revue française de science politique, no 2,‎ , Revue française de science politique, no 2,‎ , lire en ligne, consulté le 4 mars 2019).
  4. « Élection présidentielle 1969 », sur TNS Sofres.

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

Premier tour ()

Second tour ()