Élections législatives françaises de 1919

Élections législatives françaises de 1919
613 députés
et
Type d’électionÉlections législatives
Corps électoral et résultats
Inscrits11 604 322
Votants8 148 090
70,22 %  −3
ClemenceauLloydGeorgeYOrlando (cropped).jpgBloc national – Georges Clemenceau
Voix4 353 025
53,42 %
Députés élus412 +208
Aristide Briand 1926.jpgPRS – Aristide Briand
Voix1 703 382
20,91 %
 +4,2
Députés élus112 0
Paul Faure b Meurisse-1927.jpgSFIO – Paul Faure
Voix1 728 663
21,22 %
 +5,5
Députés élus68 −21
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Sans étiquette
Voix363 020
4,46 %
Députés élus21
Représentation de l'assemblée
  • SFIO : 68 sièges
  • PRS : 112 sièges
  • Bloc national : 412 sièges
  • Sans étiquette : 21 sièges
Gouvernement
SortantÉlu
Clemenceau II
Bloc national
Clemenceau II
Bloc national
Législature élue
XIIe de la XIIe de la IIIe République

Les élections législatives françaises de 1919 ont eu lieu les et . Elles ont élu la Chambre des députés de la douzième législature de la Troisième République.

La majorité politique bascule à droite, à la suite de la victoire de l'alliance des forces centristes et conservatrices au sein de la formation dite du « Bloc national », formé à l'initiative de l'Alliance démocratique. La nouvelle assemblée fut surnommée « Chambre bleu horizon », en référence à la couleur bleu horizon des uniformes des très nombreux anciens combattants qui y siègeront.

Contexte historique

Séquelles de la guerre

Bilan humain

À la fin de la Première Guerre mondiale, la France est exsangue : le conflit — 1 697 800 morts militaires et civils et 4 266 000 blessés — puis la grippe de 1918 dite « espagnole » ont fait des ravages dont l'ampleur n'est pas évidente à chiffrer (on parle de 408 000 morts).

Bilan économique et financier

L'économie a été durement touchée par la guerre : près de 50 % des paysans sont morts[1], 120 000 hectares du territoire ont été classés en zone rouge, dénotant des destructions très importantes, 13 départements ont été touchés par les destructions à des échelles diverses[2], 812 000 immeubles ont été entièrement ou partiellement détruits[2], 54 000 kilomètres de routes ont été détruits[2], 20 000 usines et de nombreuses mines ont été détruites[réf. nécessaire], la moitié du réseau routier est inutilisable[réf. nécessaire], le réseau ferroviaire est désorganisé et de nombreux ponts ont été détruits.

La dette de la France vis-à-vis de l'étranger est d'environ 31 milliards de francs-or après la guerre[3], ses dépenses de guerre totalisent 177 milliards de francs-or, financés à 80 % par des emprunts[3]. La Commission des réparations estime par ailleurs à 125 milliards de francs-or (valeur de 1914) le montant des dommages matériels subis[3].

Nouvelle loi électorale

L’adoption, en , d'un nouveau système électoral (12 juillet 1919) mixte, alliant scrutin proportionnel plurinominal et scrutin plurinominal majoritaire à un tour dans le cadre du département, amène à l'abandon du scrutin uninominal majoritaire à deux tours par arrondissement, en vigueur depuis 1889. Il a été demandé à l'électeur de voter pour un candidat membre d'une liste. Il y a ensuite trois moyens d'être élu. D'une part, les candidats ayant rassemblé une majorité absolue de suffrages exprimés sur leur nom sont élus. Les sièges non pourvus ont ainsi été répartis à la représentation proportionnelle, au quotient, entre les différentes listes (le score d'une liste étant bien entendu égal à l'addition des voix recueillies individuellement par les candidats qui y figurent). Enfin les sièges restants ont été tous attribués à la liste ayant recueilli le plus de voix. Le but de ce changement était de mettre fin aux fiefs politiciens et de permettre la formation de majorités politiques plus larges et plus stables, capables de soutenir les différents gouvernements plus longtemps[4].

Campagne électorale

Divisions à gauche

La constitution des listes doit tenir compte de trois facteurs : d’une part, la tendance de l’opinion à penser que l’Union sacrée doit être prolongée dans la paix afin de résoudre les nouveaux problèmes de la France de l’après-guerre ; d’autre part, le refus de la SFIO, alors en crise, de prendre position sur la question du bolchevisme, qui a pourtant, semble-t-il, attiré de nombreux nouveaux adhérents durant la guerre.

Pour préserver leur unité, les socialistes décident en de ne conclure aucun accord en vue des élections législatives de la fin de l’année. Cette décision isole de fait les radicaux, contraints de renoncer à une nouvelle alliance à gauche, et permet la mise en branle d’une campagne agressive de la droite et du centre dirigée contre la SFIO, accusée de cautionner le bolchevisme[4].

Rapprochement de la droite et du centre

Les divisions partisanes au sein de la droite persistent. Les monarchistes de l’Action française sont isolés, mais les nationalistes, clairement antiparlementaristes, les catholiques, hostiles à la laïcité, et les « progressistes » (qui sont en fait les républicains les plus modérés de l’avant-guerre) opèrent un rapprochement avec les républicains modérés du centre-droit, rassemblés en plusieurs petites organisations souvent membres de l’Alliance démocratique, qui rejettent toute éventualité d’accord de quelque sorte que ce soit avec les radicaux.

Ces derniers se retrouvent par conséquent pris en étau entre une SFIO qui hésite entre la radicalisation et le statu quo, et une droite plus que jamais anti-gauchiste[4].

Constitution des listes

À la suite de complexes négociations, 324 listes se constituent. Les socialistes optent pour des listes homogènes, tandis que les radicaux se divisent entre alliés au centre-droit et listes isolées. Les listes du Bloc national regroupent, dans la plupart des cas, des membres de l’Alliance démocratique, des progressistes, des nationalistes et des catholiques.

Les forces en présence sont hétéroclites et la campagne confuse ; les candidats du Bloc national s’accordent tout de même généralement à axer leurs revendications sur la plus stricte application des traités de guerre, la fin du dirigisme et la lutte sans conditions contre le bolchevisme. Alexandre Millerand, enfin, parvient à rassembler autour de lui une très large coalition dans son bastion du deuxième secteur de la Seine en prônant un renforcement des pouvoirs présidentiels[4].

Résultats

Analyse générale

Composition de la Chambre à l'issue des élections de 1919.
  • Socialiste: 68 sièges
  • Républicain-socialiste: 26 sièges
  • Républicain, radical et radical-socialiste: 86 sièges
  • Députés n'appartenant à aucun groupe: 21 sièges
  • Centre-droit: 200 sièges
  • Droite: 212 sièges

Les résultats sont assez confus, à l’exception de ceux de la SFIO qui progresse, parvenant cette fois à présenter des candidats dans toutes les circonscriptions. Les radicaux, particulièrement lorsqu’ils sont isolés, ont tendance à reculer, et la victoire du Bloc national est sans ambiguïté : c’est un vague bleue qui déferle sur la chambre basse, surnommée durant cette législature « Chambre bleu horizon », en raison du très grand nombre d’anciens combattants qui y siègent (44 % du total des députés).

Cette victoire reste la plus grande de la droite et du centre-droit jusqu’aux législatives de 1968. On dénombre plus de 60 % de nouveaux élus dans cette nouvelle législature[4].

Résultats détaillés

Professions des élus

  • 140 avocats
  • 41 médecins ou chirurgiens
  • 50 industriels
  • 52 propriétaires
  • 52 agriculteurs et viticulteurs
  • 27 armateurs, négociants, commerçants
  • 32 professeurs des trois ordres
  • 44 publicistes et hommes de lettres
  • 5 instituteurs
  • 13 ingénieurs
  • 8 magistrats
  • 5 diplomates
  • 4 curés
  • 3 pasteurs
  • 10 avoués
  • 4 notaires
  • 4 membres du Conseil d'État
  • 4 chefs de cabinet de ministres
  • 6 pharmaciens
  • 5 banquiers
  • 3 administrateurs de société
  • 2 généraux et 20 anciens officiers de carrière
  • 1 vice-amiral et 3 officiers de marine
  • 11 anciens fonctionnaires
  • 8 employés d'administrations publiques
  • 16 employés de commerce ou de banque
  • 4 entrepreneurs de travaux publics
  • 15 ouvriers de diverses professions
  • 1 architecte
  • 1 agréé
  • 1 ancien acteur dramatique
  • 1 agent d'affaires
  • 2 aviateurs

Résultats

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Résultats
AllianceVotes%SiègesPartisVoix%Sièges
 Bloc national4 353 02553,42412 Fédération républicaine1 819 69122,33
 Républicains indépendants et Conservateurs1 139 79413,99
 PRD889 17710,91
 Radicaux indépendants504 3636,19
 PRS1 703 38220,91112
 SFIO1 728 66321,2268
 Sans étiquette363 0204,4621
Inscrits11 604 322100,00
Votants8 148 09070,22
Abstentions3 456 23229,78

Les résultats sont très confus et les groupes parlementaires formés après les élections, en particulier ceux issus du Bloc national, sont issus de diverses tendances et partis politiques.

Groupes parlementaires

Répartition des députés par groupes au [5]
Groupe parlementaireDéputés
Total
ERDEntente républicaine démocratique183
GRDGauche républicaine démocratique93
PRRSParti radical et radical-socialiste86
PSParti socialiste68
ARSAction républicaine et sociale61
RGRépublicains de gauche46
INDEPIndépendants29
RSRépublicain socialiste26
Total de députés membre de groupes592
Députés non-inscrits21
Total des sièges pourvus613


Conséquences

Le mode de scrutin amplifie la victoire des partis de droite. La SFIO, très isolée, perd un tiers de ses sièges. La défaite semble plus importante pour le parti radical qui ne retrouve que la moitié de ses sièges. Toutefois les députés du Bloc national éclatent rapidement en de multiples groupes parlementaires dont certains sont susceptibles de s'allier avec le parti radical. Les élections suivantes renouvelant les conseils municipaux et généraux montrent une plus grande stabilité du corps électoral par rapport aux positions d'avant-guerre. De fait, aux élections sénatoriales de , les radicaux minimisent les pertes et restent la formation la plus forte de la Haute Assemblée (106 sénateurs sur 240)[6].

XIIe législature

Durée de la législature : - .

Président de la République : Raymond Poincaré/Paul Deschanel/Alexandre Millerand

Président de la Chambre des Députés : Paul Deschanel/Raoul Péret/Paul Painlevé

Liste des gouvernements successifs
GouvernementDates (Durée)Parti(s)Président du ConseilComposition initiale
René VivianiGouvernement Georges Clemenceau (2)du au (2 ans et 63 jours)Bloc nationalGeorges Clemenceau14 ministres

18 sous-secrétaires d'État

2Aristide BriandGouvernement Alexandre Millerand (1)du au (29 jours)Alexandre Millerand15 ministres

10 sous-secrétaires d'État

Gouvernement Alexandre Millerand (2)du au (7 mois et 5 jours)15 ministres

11 sous-secrétaires d'État

3 Alexandre RibotGouvernement Georges Leyguesdu au (3 mois et 14 jours)Georges Leygues15 ministres

11 sous-secrétaires d'État

4 Paul PainlevéGouvernement Aristide Briand (7)du au (11 mois et 27 jours)Parti républicain-socialisteAristide Briand15 ministres

7 sous-secrétaires d'État

Georges ClemenceauGouvernement Raymond Poincaré (2)du au (2 ans, 2 mois et 14 jours)Bloc nationalRaymond Poincaré14 ministres

4 sous-secrétaires d'État

Références

  1. Jean-Claude Gégot, La population française aux XIXe et XXe siècles, éditions Ophrys, 1989, p. 48.
  2. a b et c Dominique et Michèle Frémy, Quid 2006, éd. Robert Laffont, Paris, 2005, p. 853, colonne A.
  3. a b et c J.E. Valluy et P. Dufourcq (collaboration), La Première Guerre mondiale, tome deux, 1916-1918, éd. Larousse, Paris, 1968.
  4. a b c d et e Jean-François Sirinelli, La France de 1914 à nos jours
  5. « Élections législatives de 1919 par Laurent de Boissieu sur son site internet www.france-politique.fr »
  6. Christian Delporte, La IIIe République de Poincaré à Paul Reynaud, Pygmalion 1998, p. 32-33.

Articles connexes