Conflit dans l'État d'Arakan (depuis 2016)

Ne doit pas être confondu avec Conflit dans l'État d'Arakan (2012).
Conflit dans l'État d'Arakan (depuis 2016)

Informations générales
Date en cours
(2 ans et 1 jour)
Lieu État d'Arakan (Birmanie)
Issue En cours
Belligérants
Drapeau de la Birmanie BirmanieArmée du salut des Rohingya de l'Arakan
Commandants
Flag of Myanmar.svg Htin Kyaw puis Win Myint, présidents de la République
Flag of Myanmar.svg Aung San Suu Kyi, conseillère spéciale de l’État
Flag of Myanmar.svgFlag of the Myanmar Armed Forces.svg Sein Win (en), ministre de la Défense
Flag of the Myanmar Armed Forces.svg Min Aung Hlaing, commandant en chef des forces armées
Myanmar Police Emblem.png Aung Myat Moe, chef de police de l'Arakan[1]
Ata Ullah (en)
Forces en présence
Flag of the Myanmar Armed Forces.svg Forces armées birmanes :
2 000 soldats[2]
 • ~ 200 rebelles (estimation gouvernementale en 2018)[3],[4]
 • 500[5],[6] à 600[7] rebelles (2016-17)
Pertes
45 morts (14 soldats, 30 policiers et 1 officier du service d'immigration)[16],[17]475 rebelles tués[16],[17]
423 arrestations[18],[19]
2 000[8],[9],[10] à 6 700[11],[12] civils tués
23 000 déplacés internes[13]
650 000 réfugiés au Bangladesh (depuis le )[14],[15]

Le conflit dans l'État d'Arakan, aussi appelé crise des Rohingya[20], est un conflit armé situé dans l'État d'Arakan en Birmanie, entre les forces militaires birmanes et les forces armées rohingya de l'Armée du salut des rohingya de l'Arakan. Ce conflit a démarré en octobre 2016, mais il fait écho au conflit de 2012 et aux insurrections (en) des populations rohingya qui existent durant une grande partie du XXe siècle.

Chronologie

2016

Face aux persécutions, des organisations armées se forment, comme en , l'Armée du salut des Rohingya de l'Arakan (ARSA)[21]. En , des postes frontières sont attaqués, ce qui provoque de féroces représailles de la part de l'armée : viols, tortures et massacres. La situation réelle sur place reste difficile à évaluer, puisque la Birmanie interdit aux Nations Unies et aux ONG l'accès du nord de l'Arakan où 150 000 personnes dépendent de leurs distributons alimentaires[22]. Elle n'a autorisé leur retour qu'à la fin d'[23].

En , l'Organisation internationale pour les migrations estime à environ 30 000 le nombre de Rohingya qui doivent fuir au Bangladesh, à la suite des violences en Birmanie, entre octobre et [24].

De nombreux Rohingyas subissent par ailleurs des arrestations arbitraires[19], y compris des enfants[18], certains d'entre eux seront condamnés à mort pour leurs responsabilités dans les attaques organisées par les milices rohingyas d'[25].

2017

Le , une vingtaine de postes frontières sont à nouveau attaqués par 150 rebelles : au moins 71 personnes sont tuées, dont une dizaine de policiers[26]. Dans la semaine qui suit les combats font plus de 400 morts, dont 370 rebelles, 13 militaires ou policiers et 14 civils selon l'armée birmane[27]. Le projet Arakan, une organisation de défense des droits des Rohingyas, évoque pour sa part près de 130 morts, dont des femmes et des enfants[28]. Le 30 août, un massacre de civils est commis par l'armée birmane dans le village de Tula Toli[29]. Selon l'ONU, en seulement une huitaine de jours, près de 90 000 personnes ont gagné le Bangladesh[30], où plus de 400 000 réfugiés rohingyas sont présents le 16 septembre[31]; mais le pays ne veut pas en accueillir davantage et ferme sa frontière, bloquant ainsi 20 000 civils[27]. L'organisation revoit d'ailleurs à la hausse le bilan fourni par les autorités birmanes, évoquant début septembre un bilan humain potentiellement supérieur à 1 000 morts[32]. La situation d'extrême insécurité qui règne dans les villages rohingyas de l'Arakan, mais aussi l'attitude hostile de l'administration birmane envers elles ont obligé plusieurs ONG, mais aussi le Programme alimentaire mondial à cesser leurs activités dans ces zones[33].

Fin octobre, la situation des Rohingyas demeurait toujours critique : alors que l'ONU estime que près de 603 000 réfugiés rohingyas ont fui au Bangladesh depuis le début des affrontements deux mois plus tôt[34],[35], le pape François avance quant à lui le chiffre de 800 000 réfugiés[36]. En tout près d'un million de rohingyas se trouveraient au Bangladesh, en comptant ceux déjà présents dans les camps de réfugiés avant les violences du mois d'août et qui fuyaient les persécutions anciennes dont cette minorité fait l'objet[36]. Une situation que l'ambassadeur du Bangladesh à l'ONU décrit comme « intenable » pour son pays[36], qui envisage de stériliser les femmes rohingyas afin d'éviter une explosion démographique[37] et qui cherche également, en concordance avec les autorités birmanes, à rapatrier une partie des réfugiés rohingyas dans l'état d'Arakan[38]. Un retour périlleux pour les Rohingyas, qui ont vu le riz cultivé dans leurs champs abandonnés être récoltés par l’État birman[34], et qui pour la très large majorité d'entre eux ne possèdent aucun document officiel attestant qu'ils vivaient dans l'état d'Arakan avant le début des violences étant donné leur apatridie[38].

Le , au cours d'un entretien téléphonique avec le président turc Recep Tayyip Erdoğan, Aung San Suu Kyi, dirigeante de facto du pays, a dénoncé la couverture médiatique internationale faite au sujet de la crise en Arakan, y voyant un parti pris pro-rohingya et présentant celle-ci comme un « iceberg de désinformation », orchestré par des « terroristes rohingyas », dans le but de diaboliser le régime birman[39].

En , un plan proposé par la Chine visant à résoudre la crise des réfugiés rohingyas est approuvé par le Bangladesh et la Birmanie[40]. A la fin du mois, le Bangladesh compte 620 000 réfugiés rohingyas présents sur son territoire[41],[42].

Le , l'ONG MSF tire la sonnette d'alarme à propos de la situation humanitaire des Rohingyas et estime que 6 700 d'entre eux ont été tués en un mois de combats entre le 25 août et le [11],[12].

Le , à la suite d'une résolution soumise par l'Organisation de la coopération islamique (OCI), l'Assemblée générale de l'ONU appelle la Birmanie à cesser son opération militaire contre les Rohingyas, à autoriser l'envoi d'un émissaire et de travailleurs humanitaire, à faciliter le retour des réfugiés et à doter cette minorité d'un statut de citoyenneté à part entière[43].

2018

Le , les forces birmanes ont subi une embuscade tendue par des rebelles rohingyas, faisant plusieurs blessés. C'est la première opération de ce genre depuis [44].

Références

  1. (en) « New Rakhine Police Chief Appointed », sur The Irrawaddy, (consulté le 1er novembre 2017)
  2. (en) « Command structure of the Myanmar army's operation in Rakhine », sur Reuters, (consulté le 3 mars 2018)
  3. (en) « Myanmar military admits role in killing Rohingya found in mass grave », sur CNN, (consulté le 17 janvier 2018)
  4. (en) « 'Beyond comprehension': Myanmar admits killing Rohingya », sur Al Jazeera, (consulté le 17 janvier 2018)
  5. (en) « Myanmar Air Force helicopters fire on armed villagers in Rakhine state », sur CNN, (consulté le 1er novembre 2017)
  6. (en) « The truth behind Myanmar’s Rohingya insurgency », sur Asia Times, (consulté le 1er novembre 2017)
  7. (en) « Myanmar has a new insurgency to worry about », sur South China Morning Post, (consulté le 1er novembre 2017)
  8. (en) « Burmese government 'kills more than 1,000 Rohingya Muslims' in crackdown », sur The Independent, (consulté le 1er novembre 2017)
  9. (en) « Village Official Stabbed to Death in Myanmar’s Restive Rakhine State », sur Radio Free Asia, (consulté le 1er novembre 2017)
  10. (en) « At least 270,000 Rohingya flee Myanmar violence in 2 weeks, UN says », sur CNN, (consulté le 1er novembre 2017)
  11. a et b « Birmanie : en un mois, au moins 6700 Rohingyas ont été tués », sur Le Figaro, (consulté le 15 décembre 2017)
  12. a et b « Birmanie: 6700 Rohingyas tués le premier mois des violences, selon MSFBirmanie: 6700 Rohingyas tués le premier mois des violences, selon MSF », sur L'Express, (consulté le 15 décembre 2017)
  13. (en) « Myanmar: Humanitarian Bulletin, Issue 4 », sur ReliefWeb, (consulté le 1er novembre 2017)
  14. « Plus de 650'000 réfugiés rohingyas dans les camps du sud du Bangladesh », sur RTS, (consulté le 10 janvier 2018)
  15. « Bangladesh : Le HCR aide les réfugiés rohingyas à lutter contre le froid hivernal », sur HCR, (consulté le 10 janvier 2018)
  16. a et b (en) « Myanmar army says 86 killed in fighting in northwest », sur Reuters, (consulté le 1er novembre 2017)
  17. a et b (en) « Nearly 400 die as Myanmar army steps up crackdown on Rohingya militants », sur Reuters, (consulté le 1er novembre 2017)
  18. a et b (en) « Exclusive: Children among hundreds of Rohingya detained in Myanmar crackdown », sur Reuters, (consulté le 1er novembre 2017)
  19. a et b (en) « Hundreds of Rohingya held for consorting with insurgents in Bangladesh », sur The Star Online, (consulté le 1er novembre 2017)
  20. Romain Geoffroy, « Comprendre la crise des Rohingya en Birmanie », sur Le Monde,
  21. Bruno Philip, En Birmanie, la guérilla des Rohingya passe à l’offensive, Le Monde, 28 août 2017.
  22. Viols, tortures, massacres: les Rohingyas fuient la Birmanie, RFI, 26 novembre 2016.
  23. Birmanie: Feu vert à la distribution de vivres dans l'Etat d'Arakan, Reuters, 27 octobre 2017.
  24. « Des milliers de Rohingya passent de la Birmanie au Bangladesh », Le Monde, 6 décembre 2016.
  25. (en) « Death Sentence for Maungdaw Attacker Raises Questions About State Executions in Burma », sur The Irrawaddy, (consulté le 2 novembre 2017)
  26. Birmanie : au moins 71 morts dans une attaque menée par des rebelles musulmans rohingya, Le Monde, 25 août 2017.
  27. a et b Birmanie : les combats entre l'armée et les rebelles rohingyas ont fait près de 400 morts, Franceinfo avec Reuters, 1er septembre 2017.
  28. En Birmanie, une guérilla rohingya sommaire mais déterminée, AFP, 1er septembre 2017.
  29. Birmanie : comment l'armée a piégé, tué et violé hommes, femmes et enfants d'un village rohingya, L'Obs avec AFP, 19 décembre 2017.
  30. En Birmanie, la crise humanitaire sans précédent des Rohingya, Le Monde, 4 septembre 2017.
  31. « Plus de 400 000 réfugiés rohingya : le Bangladesh, démuni, alerte l’ONU », sur Le Monde,
  32. « Violences en Birmanie : le bilan pourrait dépasser les 1.000 morts », sur Europe 1, (consulté le 31 octobre 2017)
  33. Birmanie: l’exode forcé des Rohingyas, Arnaud Vaulerin, Libération, 4 septembre 2017
  34. a et b « La Birmanie récolte les champs des Rohingyas réfugiés au Bangladesh », sur L'Express, (consulté le 31 octobre 2017)
  35. (en) « $340M pledged to help Rohingya refugees, U.N. says », sur CBS News, (consulté le 2 novembre 2017)
  36. a, b et c « Près d'un million de Rohingyas réfugiés au Bangladesh », sur Le Figaro, (consulté le 31 octobre 2017)
  37. « Le Bangladesh envisage un programme de stérilisation de réfugiés rohingyas », sur RFI, (consulté le 31 octobre 2017)
  38. a et b « Rohingyas: la Birmanie et le Bangladesh discutent du retour des réfugiés », sur RFI, (consulté le 31 octobre 2017)
  39. « Rohingyas : Aung San Suu Kyi dénonce la désinformation des «terroristes» », sur Le Figaro, (consulté le 31 octobre 2017)
  40. « Rohingyas : Birmanie et Bangladesh approuvent une initiative chinoise », L'Orient-Le Jour,‎ (lire en ligne)
  41. « Crise des Rohingya : depuis le Bangladesh, le pape François appelle à des "mesures décisives" », sur France 24, (consulté le 3 décembre 2017)
  42. « Bangladesh: le pape François réclame des «mesures décisives» pour les Rohingyas », sur RFI, (consulté le 3 décembre 2017)
  43. La tribune de Genève,Rohingyas: résolution de l'ONU adoptée, 24.12.2017.. [1]
  44. La tribune de Genève, Rohingyas: embuscade contre l'armée birmane,7.01.2018. [2]