Innocent IV

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Innocent IV
Image illustrative de l’article Innocent IV
Entrevue de Saint Louis et du pape Innocent IV, Grandes Chroniques de France, Paris, XIVe siècle.
Biographie
Nom de naissanceSinibaldo de Fieschi
Naissancevers 1180/90
Gênes
Décès
Naples
Pape de l’Église catholique
Élection au pontificat
Intronisation
Fin du pontificat
Naples

Blason
(en) Notice sur www.catholic-hierarchy.org

Innocent IV, né Sinibaldo de Fieschi (vers 1180/90), est le 180e pape de l'Église catholique, du à sa mort. Il appartenait à l'une des principales familles de Gênes. Formé à Parme et Bologne, il passait pour l'un des meilleurs canonistes de son époque. Son pontificat est notamment marqué par la lutte contre Frédéric Frédéric II dans le cadre de la longue querelle du sacerdoce et de l'Empire.

Son pontificat

Après la mort de Célestin Célestin IV, dont le règne ne dure que dix-sept jours, de la fin octobre au 10 novembre 1241, l'Église demeure plus d'un an sans souverain pontife. Le nouveau conclave se tient à Anagni et, le , le cardinal Sinibaldo de Fieschi est élu dans la cathédrale Santa Maria d'Anagni[1]. Il prend le nom d'Innocent. Au cours de son pontificat long de onze ans et demi, il crée quinze cardinaux, dont douze au consistoire du 28 mai 1244. Le pontificat d'Innocent IV fut marqué par un développement sans précédent du népotisme pontifical, c'est-à-dire de l'attribution de fonctions et revenus ecclésiastiques à des parents proches ou éloignés du pape, membres de la famille Fieschi et apparentés[2].

Lutte contre Frédéric II

L'empereur Frédéric Frédéric II, avec qui il avait eu de bons rapports, dit à l'occasion de son élection qu'il perdait l'amitié d'un cardinal et gagnait l'inimitié d'un pape. L'empereur commence des négociations pour mettre fin à l'excommunication et au conflit qui durait depuis Grégoire Grégoire IX. Mais, Innocent IV reprend rapidement la lutte contre l'empereur. Il s'efforce d'empêcher Frédéric II d'aller secourir la Terre sainte qui retombe sous contrôle musulman et tente d'organiser un concile pour le déposer. Enfin, il crée plusieurs antirois en Allemagne, Heinrich Raspe, puis Guillaume de Hollande. Frédéric II, de son côté, condamne la rapacité, le népotisme et la corruption de l'Église.

L'envoi d'ambassades en Orient, auprès des Mongols

Les Mongols d'Ögödei, le fils de Gengis Khan, s'étaient emparé de Moscou en 1238, puis de Kiev, en 1240. Ils envahissent la Pologne et la Hongrie, menacent Vienne, occupent Zagreb.

Afin d'exhorter ceux que l'on appelait à tort les Tartares à renoncer à attaquer la chrétienté et les autres nations, le pape Innocent IV décide en 1245 de prendre contact avec Ögödei, que les Occidentaux appellent alors « grand khan des Tartares », en réalité Khagan (titre d'Empereur chez les Turco-Mongols) de l'Empire mongol.

Dans ce but il rédige deux lettres : les bulles Dei patris inmensa, une exposition de la foi catholique pour le peuple des Tartares datée du 5 mars, et Cum non solum, un proteste contre les attaques des Mongols contre les chrétiens et une proposition de paix datée du 13 mars[3].

Innocent IV envoie simultanément plusieurs informateurs-ambassadeurs auprès des pouvoirs mongols[4] : Jean de Plan Carpin, André de Longjumeau, Ascelin de Lombardie et Laurent du Portugal.

Le pape leur confie également la lettre Cum simus super du , dans laquelle il invite à l'union les Églises séparées d'Orient.

Or, le , peu de temps après l'arrivée de Jean de Plan Carpin, Güyük succède à Ögödei. C'est une réponse pleine de quiproquos culturels qu'il confie à Plan Carpin et que ce dernier apporte à Innocent IV.

Le concile de Lyon

Les différends avec l'empereur Frédéric II ne se réglant pas, Innocent se retire à l'été 1244 dans sa ville de Gênes, puis se réfugie à Lyon. Il tient dans cette ville un concile général au cours duquel il promulgue une sentence solennelle de déposition de l'empereur [5]. L'agitation provoquée par cette action à travers toute l'Europe ne se termine qu'à la mort du Hohenstaufen en 1250. Le pape peut alors revenir à Rome en 1253.

Relations avec Louis IX

Bulle d’Innocent IV autorisant les frères mineurs à séjourner et exercer leur ministère sur les terres excommuniées, Archives nationales, AE/II/1637.

Au moment même où Innocent IV convoque le concile de Lyon, Louis Louis IX de France décide d'entreprendre une septième croisade. Le pape l'encourage, mais se désintéresse par la suite du cours des événements. Le roi juge alors Innocent IV en déclarant qu'il n'« avait trouvé chez le pape aucun sentiment véritablement chrétien »[6].

En 1246, il vient en Bourgogne, dans la Nièvre, consacrer l'église de l'abbaye Notre-Dame du Réconfort de Saizy dont la fondatrice est Mathilde de Courtenay, comtesse de Nevers.

« Innocent IV, par ailleurs initiateur d'une véritable politique missionnaire, fut relayé par Louis IX qui avait rencontré à Chypre, à la fin de 1249, des émissaires du khan mongol de Perse ; lesquels lui transmirent des lettres du Grand khan de Karakorum[4]. »

Dans la lettre Impia Judæorum perfidia du , Innocent IV exhorte le roi Louis Louis IX à brûler publiquement le Talmud et d'autres livres juifs dans son royaume.

La fin du pontificat

En 1252, il fait adopter la bulle Ad extirpanda Celle-ci établit la norme pour les procédures inquisitoriales. Elle présente, entre autres, la torture comme un moyen d'établir la vérité, une mesure qui n'était pas commune auparavant dans les procès contre les hérétiques mais qui, à partir de cette date, sera considérée comme normale pendant plusieurs siècles. La bulle impose néanmoins des limites à l'utilisation de la torture contre les hérétiques par les autorités civiles et ecclésiastiques, en interdisant le recours à toute torture risquant d'entraîner la mort ou la mutilation de l'accusé[7].

En 1253, il consacre à Assise la basilique Saint-François, complètement édifiée et désormais appelée « Tête et Mère de l'ordre des Frères mineurs ».

La fin de son pontificat est consacrée à la lutte contre Manfred de Hohenstaufen, fils naturel de Frédéric II, qui était soutenu comme successeur légitime du royaume de Sicile par les villes et les nobles. Sur son lit de mort à Naples, le pape entend la nouvelle de la victoire de Manfred à Foggia, et il meurt le 7 décembre 1254.

Son érudition en droit canonique a laissé un Apparatus in quinque libros decretalium.

Il avait la réputation d'un homme savant et intelligent, mais avare, mesquin, couard et vindicatif.

Bulles

(liste non exhaustive)

Anecdote

Dans la prophétie de saint Malachie, il est connu sous la devise « Comes Laurentius ».

Notes

  1. Pascal Montaubin, « Entre gloire curiale et vie commune : le chapitre cathédral d'Anagni au Pascal Montaubin, « Entre gloire curiale et vie commune : le chapitre cathédral d'Anagni au e siècle », dans Mélanges de l'École française de Rome, no 109-2, 1997, p. 303-442.
  2. (it) Sandro Carocci, Il nepotismo nel medioevo. Papi, cardinali e famiglie nobili, Rome, viella, 1999, p. 118-121 ; Julien Théry, « Non pas « voie de vie », mais « cause de mort par ses enormia ». L’enquête pontificale contre Niccolò Lercari, évêque de Vintimille, et sa déposition (1236-1244) », dans « Honos alit artes ». Studi per il settantesimo compleanno di Mario Ascheri. I. La formazione del diritto comune. Giuristi et diritti in Europa (secoli XII-XVIII), Firenze University Press, 2014, p. 436-437 [lire en ligne].
  3. Corin Braga, Le Paradis interdit au Moyen Âge : la quête manquée de l’Eden oriental, Paris, L’Harmattan.
  4. a et b Demurger, Jacques de Molay - Le crépuscule des templiers, Paris, Payot & Rivages, coll. « Biographie Payot », , 390 p. (ISBN 2-228-89628-4), p. 36.
  5. Texte latin et traduction de la sentence de déposition dans Patrick Gilli et Julien Théry, Le gouvernement pontifical et l'Italie des villes au temps de la théocratie (fin-XIIe-mi-XIVe s.), Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2010, Presses universitaires de la Méditerranée, 2010, lire en ligne].
  6. Mathieu Paris, MG SS XXVIII.
  7. Texte latin et traduction d'Ad extirpanda dans Patrick Gilli et Julien Théry, Le gouvernement pontifical et l'Italie des villes au temps de la théocratie (fin-XIIe-mi-XIVe s.), Montpellier, Presses universitaires de la Méditerranée, 2010, Presses universitaires de la Méditerranée, 2010, lire en ligne].
  8. Catulaire de l'abbaye de Saint-Martin d'Autun, Charte LIV-LV-LVI. Confirmation et reconnaissance de l'Hôtel-Dieu Notre Dame de Lessines (Belgique) en 1250 (bulle conservée in situ). Texte en ligne.
  9. F. B. T. L. G. Prêtre et chanoine de l'église de Saint-Pons de Thomières, Chronologie des abbez du monastère et des evesques de l'église de S. Pons de Thomières, Béziers, 1703, réédition en 1873, p. 28.

Voir aussi

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Bibliographie

  • Élie Berger, Saint Louis et Innocent IV. Essais sur les rapports de la France et du Saint-Siège, Paris, Thorin, 1893, 427 p. ré-impr. Genève, Slatkine, 1974.

Article connexe

Liens externes