Tique

Ixodida

Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne un ordre d'acariens. Pour la plante appelée tique, voir Aextoxicon punctatum. Pour les volcans surnommés tiques, voir Volcanisme sur Vénus.

Les Ixodida (du grec ancien ἰξώδης, ixôdês, signifiant gluant), appelées couramment tiques, sont un ordre d' arachnides acariens. Il a été décrit par William Elford Leach en 1815. Cet ordre regroupe, en 2010, 896 espèces classées en trois familles [1] dont 41 en France, parmi lesquelles 4 très occasionnelles [2]. Elles étaient autrefois appelées « Tiquet » ou « Ricinus ».

Les tiques sont des acariens ectoparasites de vertébrés (y compris vertébrés à sang froid tels que lézards, serpents, tortues).

Elles passent une partie de leur cycle au sol (éclosion, métamorphose et quête d'un hôte), et une autre partie (deux ou trois stades) ancrées sur la peau de mammifères ( sauvages et d' élevage), d' oiseaux ou de reptiles, se nourrissant de leur sang grâce à un rostre. Elles peuvent à cette occasion transmettre à leurs hôtes de nombreux agents pathogènes connus ( virus, bactéries, protozoaires, nématodes) responsables des maladies vectorielles à tiques, et parfois des neurotoxines (responsables de paralysie à tiques). L'homme peut développer des allergies à leur salive.

Ce sont surtout les femelles adultes nourries, ou en train de se gorger de sang qui sont les plus repérables, car bien plus grosses que lors des autres stades de développement. À titre d'exemple, on a pesé sur une balance de précision une femelle de la tique Hyalomma asiaticum avant et après son repas final. Elle était 624 fois plus lourde après son repas qu'avant [3], [4] ; pour un être humain, ce serait comme de passer de 60 kg à 37 tonnes après 4 ou 5 jours de repas constant. De tels repas permettent aux tiques de pondre de plusieurs dizaines à plusieurs centaines de milliers d'œufs (ce chiffre variant selon les espèces et selon les individus au sein de l'espèce).

Description

Cycle de reproduction
Pour atteindre un hôte de passage, les nymphes de tiques sont souvent en attente (en « quête ») au sommet d'un brin d'herbe, à l'extrémité d'une branche ou d'une feuille, prêtes à s'accrocher à tout corps qui les frôlera (ici deux Ixodes ricinus mâles)
Les tiques parasitent aussi des animaux à sang froid, ici une femelle de lézard Lacerta agilis, dans ce cas des pathogènes tels que les borrélies responsables de la maladie de Lyme ne peuvent se développer chez l'hôte (le lézard)
L'organe de Haller, formant une dépression sur le tarse des pattes de la tique (ici vu au microscope électronique) ; très sensible, il remplit des fonctions semblables à celles de l' odorat et est sensible à l' hygrométrie. Selon l'espèce et le stade de développement, il est rond ou ovale, et plus ou moins complexe, parfois garnis de poils ou en forme de capsule
La plupart des tiques n'ont pas d'yeux, mais certaines espèces possèdent un organe rudimentaire abritant des cellules photosensibles (ici vu au microscope électronique). Quelques espèces de zones arides ont des yeux plus sophistiqués (lentilles cuticulaires convexes semitransparentes, et axones formant un nerf optique [5] pouvant distinguer plusieurs longueurs d'onde (UV en lumière intense et bleu ou bleu-vert quand l'intensité est faible) [6]) et leur permettant de s'orienter, même au stade larvaire [7] ; des Hyalomma spp. à qui l'on présente une image de leur hôte préféré se dirigent ainsi vers cette image (vers la silhouette d'un dromadaire par exemple pour Hyalomma dromedarii) [8]

Les tiques sont des acariens métastigmates de grandes tailles (3 à 6 mm en moyenne, hors réplétion, et jusqu'à 30 mm pour certaines espèces tropicales), ce qui en fait les plus grands représentants de l'ordre des acariens. La forme, taille et couleur des tiques varient beaucoup selon l'espèce et son stade de développement [9] mais leur corps est toujours ovalaire et leur tête est prolongée d'un rostre équipé de deux chélicères.

Leur corps n'est pas segmenté en 3 régions comme chez la plupart des arthropodes (on dit que leur métamérie est indistincte). On distingue simplement la partie antérieure ou « capitulum » (« tête » en latin) de la partie postérieure dite «  idiosome ».

Le capitulum : constitué d'une région basale, dite « base capitulaire » ou « basis capituli », qui porte trois pièces buccales (et jamais d'yeux qui, chez les espèces qui en possèdent sont alors présents sur le scutum de l'idiosome)

  • un hypostome, dirigé vers l'avant, côté ventral, et garni de plusieurs files de dents qui aident la tique à s'ancrer solidement dans la peau de son hôte. La longueur et la forme du rostre sont utilisées en systématique.
  • une paire de chélicères, rétractiles dans une gaine protectrice, terminés par des dents ; ils sont dilacérateurs et coupent la peau, venant ainsi mécaniquement en aide à l'action chimique de la salive, pour perforer la peau. Ils se superposent à l'hypostome, en face dorsale, les deux pièces formant le rostre vulnérant. Les tiques « longirostres » sont celles dont le rostre est plus long que large, les « brévirostres » celles dont le rostre est aussi large ou plus large que long.
  • une paire de palpes (ou pédipalpes) disposée latéralement au rostre. Ils sont formés chacun de quatre articles de tailles et fonctions différentes :
  1. le premier, très court, articule le palpe sur la basis capituli
  2. le deuxième et le troisième sont plus longs que le premier et pourvus de soies sensorielles
  3. le quatrième est plus réduit, mieux visible côté ventral, caché dans une fossette du troisième article, très richement pourvu de petites soies sensorielles

Ces palpes ont un rôle sensoriel, ne sont pas du tout vulnérants et donc ne pénètrent pas dans les tissus lors de la fixation de la tique, mais restent posés à la surface de la peau. Les tiques n'ont pas de canal alimentaire, ni de canal salivaire, comme la plupart des insectes hématophages (moustiques, punaises…) ; l'apport de salive comme la succion du sang se font par l'espace ménagé entre hypostome et chélicères.

Le tégument des tiques est garni de pores, soies et divers autres organes sensoriels, visibles à la loupe binoculaire, dont les fonctions ne sont pas encore nettement établies parmi la détection de CO2, hormones, hygrométrie, température, vibrations… La détection du gaz carbonique et de l’ acide butyrique dégagés par les animaux jouent un rôle dans le choix de l’hôte [10] et peut-être dans le choix du point de fixation de la tique sur son hôte. Au moins chez certaines espèces (ex : Dermacentor andersoni [11], Dermacentor variabilis [11], Anocentor nitens [12]) les femelles émettent du h2,6-dichlorophénol, phéromone sexuelle très attractive pour les mâles de certaines espèces [11] et ne semblant pas générer de modification de comportement chez d'autres (ex : Boophilus microplus [13]).

L’idiosome :

  • Sa face dorsale porte une plaque sclérifiée dite « écusson » ou «  scutum » couvrant environ la moitié du dos d'une tique à jeun, la totalité chez les mâles.
  • Les 8 pattes s’insèrent en ligne sur la face ventrale. Elles comportent les articles classiques ( coxa, trochanter, fémur, patelle, tibia, et tarse) et sont conclues par une ventouse ( pulville) et deux griffes permettant à la tique de se déplacer sur presque tous les supports. La première paire de pattes porte au niveau du tarse un organe sensoriel olfactif important, l’ organe de Haller, sensible [14], [15], [16] à la fois au degré d'hygrométrie, aux phéromones, au gaz carbonique, aux métabolites exhalés par les ruminants, à l'acide lactique, etc.
  • Un pore génital s’ouvre sur la face ventrale, et nettement plus en arrière s'ouvre l’orifice anal. La position du « sillon anal » (antérieur ou postérieur à l’anus) différencie la famille des Ixodes des autres tiques dures. La forme et taille de l’écusson, la présence et position de stigmates, de soies sensorielles et d’ocelles… qui orientent la diagnose.

On connaît quelques symbiotes vivant dans la tique (ex. : Spiroplasma sp.) et des bactéries de l’environnement y sont aussi détectées (ex. : Mycobacterium sp.) [17], lesquels pourraient éventuellement interagir avec des micropathogènes véhiculés par la tique.